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Tu ne pleurs pas ? Tant mieux.

  • Liliane
  • 18 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 mai

Réflexion personnelle sur un deuil qui ne fait pas de bruit.



Je vais être honnête d'entrée de jeu:

Je n'en peux plus de cette injonction à pleurer !


Comme si la douleur devait forcément passer par les larmes. Comme si ne pas pleurer c'était mal aimer. Comme si le chagrin devait se voir pour exister.


Non seulement cette idée est fausse, mais en plus elle est violente !



Quand mon petit frère est mort, je n'ai pas pleuré tout de suite.

Pas le premier jour. Pas la première semaine.

Il m'a fallu plus de deux semaines avant que les larmes n'arrivent.


Deux semaines!


Et pendant ces deux semaines, je les ai vu les regards. Les silences. Les jugements à peine cachés.


On m'a fait comprendre, sans forcément me le dire clairement, que quelque chose clochait chez moi. Que ce n'était pas "normal".


Cinq ans plus tard, quand ma grande sœur est décédée étant enceinte de 6 mois, ça a été pire.

Là encore, je ne pleurais pas. Et là encore les interprétations ont fusé.


On m'a trouvée insensible. Dure. Presque froide.

Certains ont pensé que je minimisais. D'autres que j'étais "extrêmement forte". Comme si c'était un compliment!


Mais derrière ces mots, il y avait toujours la même idée: je ne réagissais pas comme il fallait.


Mon corps, lui, ne se trompait pas.


La vérité, c'est que je réagissais. Simplement, ça ne se voyait pas.


Ma première réaction face à la mort, ce n'est pas de pleurer. C'est de vomir. Violemment. Pendant plusieurs jours. Un rejet physique, brutal. Comme si mon corps refusait d'intégrer l'information.


Mais ça, personne ne le voit. Personne n'en parle.

Alors on suppose, on interprète ou pire : on projette !


On m'a imaginée hors-sol. Déconnectée. Indifférente.

On a pensé que je ne les aimais pas vraiment. Que je ne mesurais pas la gravité de la situation. Que j'étais "bizarre".


Et pendant longtemps, j'ai fini par me poser la question moi aussi:

Est-ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez moi?


Avec le recule, je peux le dire clairement: non.


Non, il n'y a rien qui ne va pas chez moi et non, il n'y avait rien qui n'allait pas.

J'étais en train de traverser mon deuil à MA manière!



Le problème n'est pas l'absence de larmes.


Le problème c'est qu'on attend des autres qu'ils fonctionnent comme on veut, comme on pense qu'il faudrait, comme on pense qu'ils devraient.


On a construit une image du deuil: des pleurs, de l'effondrement, du visible.


Mais la réalité est beaucoup plus vaste.


Le deuil peut-être silencieux. Il peut aussi être physique, différé ou même carrément contenu.

Il peut même être invisible.


Pour l'avoir vu et revu, je puis vous assurer que certaines personnes pleurent immédiatement. D'autres jamais. Certaines crient. D'autres se taisent. Certaines s'écroulent. D'autres continuent d'avancer. Certaines éclatent de rire. D'autres tombent dans les pommes.


Et aucune des ces réactions n'est plus légitime qu'une autre.



Aujourd'hui, je n'ai plus envie de rentrer dans cette norme. Je n'ai plus envie de prouver que j'aime en pleurant. Je n'ai plus envie de me justifier parce que ma douleur ne se voit pas!


J'ai compris que mon corps, mes réactions et mes silences étaient simplement MA propre façon d'encaisser.


Alors non, ne pas pleurer ne veut pas dire ne pas aimer.


Ne pas pleurer ne veut pas dire ne pas souffrir. Cela ne veut pas non plus dire être insensible. C'est simplement l'expression que le deuil prend une autre forme.


Si tu vis un deuil silencieux, si on t'a déjà fait sentir que tu ne réagissais pas "comme il faut", je veux que tu saches une chose:

Il n'y a pas de bonne manière de faire son deuil.


Il y a la tienne.


Et elle est valide, même si elle dérange, même si elle est incomprise, même si elle est invisible.


Aujourd'hui je ne cherche plus à correspondre.


J'accueille ce qui vient. Même si ça ne ressemble pas à ce qu'on attend.

Parce qu'au fond, le deuil n'a jamais été question de forme.

C'est une question de lien.

Et ce lien, lui ne se mesure ni au bruit, ni aux larmes.



Et toi as-tu déjà vécu ou entendu une telle injonction? Raconte moi ça en commentaire.

 
 
 
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